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L’édition
du millième numéro n’est pas chose banale
dans la vie d’un journal. N’Djaména Hebdo
a mis 17 années pour atteindre ce chiffre que certains
confrères n’ont pas pu atteindre avant de disparaître.
N’Djaména Hebdo compte parmi ses fidèles
lecteurs des personnes nées après sa création.
Aussi, son histoire est intimement liée à celle
de la démocratie tchadienne. Une démocratie pour
laquelle le journal a lutté pour son instauration effective
au Tchad. Une lutte menée, quelque fois, dans la douleur.
Aujourd’hui encore, les entraves de la libre expression
sont posées à travers la censure préalable
par les tenants de la pensée unique. Elles nous empêchent
de célébrer cet anniversaire, oh combien, important
avec faste. |
La rédaction a réduit ses ambitions en se focalisant dans
ce millième numéro aux souvenirs, témoignages et
hommages. Les souvenirs sont les premiers articles publiés par
Ndjh et qui affichent clairement le choix du journal: la lutte pour
l’éclosion de démocratie au Tchad au moment où
des chances s’offrent au Tchad avec l’arrivée d’une
nouvelle classe dirigeante. Aussi doutions-nous déjà de
la capacité des nos dirigeants de l’époque à
relever les défis majeurs du pays. Hélas, 17 années
plus tard, l’histoire nous donne raison avec en prime le recul
des libertés.
Les témoins de ce qu’on pourrait appeler "aventure
N’Djaména Hebdo" dont les contributions sont publiées
dans ce millième numéro, n’ont pas manqué
de souligner la part du combat de Ndjh pour l’édification
d’un Etat de droit au Tchad. Un témoignage pour l’histoire.
Ces témoins nous encouragent à ne pas baisser les bras.
La rédaction les remercie pour ces encouragements.
Enfin, Ndjh est avant tout une équipe d’hommes, ayant un
dénominateur commun: le goût du risque pour faire triompher
la Liberté. Certains ont cheminé avec nous avant d’être
fauchés par la mort, pour la plupart à la fleur de l’âge.
D’autres sont allés à la quête des conditions
de vie meilleures. Nous reconnaissons que sans eux notre aventure n’aurait
pas été bien loin. Nous avons choisi de saluer la mémoire
de ces confrères à travers quelques colonnes de notre
millième numéro et aussi leur dire que "l’Aventure
Ndjh" continuera.
La Rédaction.
Editorial
Lu dans le N°10
de décembre 1990 :
Plus jamais ça
Le Mps au pied du mur
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Le
Tchad, une fois encore, vient de tourner une des pages les plus
sombres de son histoire politique. Mais aujourd’hui plus
qu’avant, nous sommes véritablement à la
croisée des chemins. Les grandes options du M.P.S. énoncées,
nous devons en mesurer les conséquences. En premier lieu,
force est de constater que beaucoup d’observateurs sont
sceptiques quant à la capacité de maîtrise
des problèmes par la nouvelle équipe dirigeante.
Ce scepticisme, nous croyons savoir, a deux explications. |
D’abord
la coalition au pouvoir est trop hétéroclite pour avoir
un pro¬gramme de gestion du pays cohérent.. D’où
les dangers et menaces que tout le monde craint à juste titre.
A peine réinstallés à N’Djaména,
tous ces Messieurs ont retrouvé leurs réflexes d’antant,
chacun cherchant, individuellement ou en groupe, à nouer des
alliances pour préparer, on ne sait quelle échéance.
Ensuite, la structure gouvernementale est une pâle copie de
la précédente: on s’est juste contenté
de gommer les noms, ce qui suppose que le MPS n’avait pas songé
auparavant à la question. Nous nous retrouvons avec une équipe
de plus de 30 membres, alors que la moitié eut été
suffisante. La situation imposait en effet le regroupement de plusieurs
ministères pour former un gouverne¬ment réduit,
avec des objectifs précis et limités dans le temps.
Une telle démarche, moins coûteuse et plus efficace,
nous aurait mis à abri des surprises désagréables
et des situations cocasses dans la composition du gouvernement.
Notre crainte vient de ce que nous mettons en doute la qualité
et la capacité de certains commissaires qui, sachant qu’ils
sont en place pour une période courte et dans l’incertitude
de leur reconduction peuvent facilement succomber à des sollicitations
et tentations de tous genres. A cet égard, il nous parait inutile
d’entamer la valse des directeurs dans une administration qui
commence à trouver la bonne vitesse. Certes, il y a des services
"sensibles" où des changements s’imposent,
mais pour l’essentiel les technocrates en place peuvent continuer
leur mission.
Au plan strictement politique, on a l’impression que la machine
tourne à vide alors que les Tchadiens ont atteint un degré
de maturité politique élevé. A N’Djaména
où rien ne passe inaperçu, on dit ici et là que
le MPS s’apprête à mettre en place ses structures
de base pour se préparer à la concurrence. Nous osons
croire que ce ne sont que des rumeurs de quartier et que l’organe
dirigeant ne choisira pas l’illégalité pour gouverner.
En effet, dans ce domaine, que se soit le MPS ou la multitude des
"Front, Union, Rassemble¬ment, Mouvement et autre Parti"
en gestation doivent avoir la décence d’attendre que
les règles du jeu soient fixées. A cet égard,
le MPS devrait, dans trois mois au plus, réunir une conférence
nationale qui déterminera les orientations et la démar¬che
à suivre pour aboutir au multipartisme: lois sur les associa¬tions
politiques et les élections, constitution, gouvernement pro¬visoire,
élections locales, législatives et présidentielles.
Un délai de deux ans nous parait raisonnable.
En attendant, il nous a semblé opportun de rappeler quelques
principes qui concourent positivement à l’instauration
de la démocratie: bannir à jamais le culte de la personnalité,
rejeter définitivement le pouvoir personnel, réinstaurer
la notion d’éga¬lité des ethnies et des citoyens,
bâtir un Etat de droit et proscrire pour toujours les délits
d’opinion.
La Rédaction.
Article
Lu dans le N°10 de décembre
1990 :
Les premières heures du Mps à N'Djaména
Sans vergogne, ils tentent de se replacer.
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C’est
sous un ciel dégagé que les premiers véhicules
du Mouvement Patriotique du Salut ont fait leur entrée
le matin du 2 décembre 1990 à N’Djaména.
Alors qu’à 10 heures et trente minutes nous roulions,
lentement vers la sortie nord-ouest, de la capitale, des tachés
sombres et mouvantes se dessinaient à un kilomètre
devant nous, au-delà des installations des Brasse¬ries
du Logone. A peine avions-nous le temps de nous interroger sur
ce nuage de poussière que de brefs si¬gnaux lumineux
nous par¬vinrent. Nous nous rendîmes rapidement compte
que ces appels de phares étaient en fait une sommation
des for¬ces du mouvement patrioti¬que du salut au-devant
desquelles nous nous ren¬dions.
Sans débordements
Après avoir décliné notre identité,
expliqué que nous étions là en reporters
et après quelques prisés de vue, nous voilà
repartis en direction de N’Djaména dans le cortège
de nos "hôtes" aux cheveux poussiéreux,
les yeux perçants, foulards flottants, fanions aux cou¬leurs
nationales à l’avant des Toyota.
Un peu fatigués, ces com¬battants à l’accoutrement
de guérilleros étaient apparemment satisfaits
du dispositif mis en place par le "comité d’accueil"
à N’Djaména. Dès l’abord des
faubourgs de la capitale, notamment devant les ins¬tallations
des brasseries, un officier français stoppe la "diligence"
et fait savoir |
aux
combattants qu’il est porteur d’un message de son gouvernement
au colonel Idriss Déby. Le document ne sera toutefois pas réceptionné,
car le Prési¬dent du MPS n’était pas de cette
colonne. Qu’à cela ne tienne, des poignées, de
mains seront tout de même échangées avec les respon¬sables
du MPS venus en éclaireurs parmi lesquels le numéro
2, le Lt Maldoum BADA. L’on retiendra entre autre propos de
l’officier de l’Opération Epervier que le "Colonel
Idriss DEBY n’a rien à craindre, ici il est en sécurité".
Après cette étape, le convoi devait poursuivre son chemin,
en¬trant en ville sous des acclamations des passants , un accueil
auquel les combattants répondaient sans aucun coup de feu alors
qu’on s’attendait à des crépitements de
"Kalach", de tirs de joie en de pareilles circonstances.
Au Novotel "La Tchadienne" où sont descendus le vice-président
Maldoum Bada, le commissaire à la défense Djibrine Dasser
et le chef d’Etat Major du MPS, Abbas Kotti, attendaient des
mem¬bres du gouvernement de Hissène Habré, des parle¬mentaires
et quelques offi¬ciers de l’ancienne armée. Sous
le regard ébahi des clients de l’hôtel, le Pré¬sident
de l’Assemblée Na¬tionale et le vice-prési¬dent
du Comité Exécutif du MPS se sont jetés l’un
dans les bras de l’autre avant de se retirer pour un tête-à-tête
suivi d’une réunion élargie à des responsables
de haut niveau du régime déchu.
En fait de responsable, il y en avait en grand nombre dans cet hôtel:
ministres, parlementaires, commissai¬res de l’Unir, membres
du Comité central, directeurs généraux, directeurs
de service et autres personnes du sérail d’antan. Mais
pourquoi tout ce beau monde se serait-il réfugié là
sous la protection de l’armée française? Contre
d’éventuelles exactions étant donné le
rang qu’ils occupaient sous l’ancien régime!
Epanchement
indécent
Crainte compréhensible mais alors pourquoi toutes ces agitations
dans les couloirs et, le hall? Des rires à fendre les lèvres,
de trop chaudes poignées de mains, des accolades musclées,
des invitations insistantes à partager un pot au bar, des oreilles
prêtes à écouter tout ce qui se dit à côté,
des clins d’œil à chaque fois que s’ouvre
une porte ou claque un battant, des appels intempestifs en chambres,
bref ça bougeait au Novotel dès les premières
secondes du MPS à N’Djamena. Dégoûté
par l’étalage indécent de sensiblerie, un observateur
fera remarquer que "tous ces messieurs là cherchent des
postes auprès du MPS, pour ça ils sont prêts à
mentir, à affirmer qu’ils attendaient la prise de pouvoir
par l’opposition depuis longtemps!" Eh oui le ridicule
ne tue pas. Même agitation au sein dû "Comité
d’accueil" où l’on se faisait recruter pour
se faire remarquer. Souvent très maladroitement. Pour peu que
certains membres de cette "organisation" vous aperçoivent,
ils déclarent qu’ils sont du Comité comme si quelqu’un
le leur demandait.
Pendant que se déroulaient les tractations, de nouvelles colonnes
de Toyota, de Jeep et de Land-Rover équipées de DCA,
de mitrailleuses et autres armes de gros calibres, chars, ni AML entraient
à N’Djaména pour renforcer celle de l’avant-
garde dans l’attente de l’arrivée du colonel Idriss
Déby.
Jusque-là, les journalistes ont de quoi "mettre sous la
dent" mais le plat est partiellement servi: les chasseurs d’images
sont quelque peu satisfaits mais, du côté du son c’était
muet, le Vice-Président du MPS ayant repoussé les sollicitations
de la presse à plus tard. L’on comprendra que le souci
du N° 2 du Comité Exécutif du MPS était de
ne pas ravir la vedette au Président. Alors où est Déby?
Quand viendra-t-il à N’Djaména et par où?
Autant de questions que se posent les journalistes, appareils photo
armés, flashes allumées, caméras sur l’épaule,
perches tendues, Nagras entre-ouverts, bandes montées, niveau
des piles vérifié. Une véritable armada du quatrième
pouvoir.
En
toute simplicité
15 heures. Chaude alerte au Novotel: le Président arrive, mais
pas du côté de l’hôtel. Branle-bas. Les journalistes
démontent à la hâte leur dispositif et décrochent
en direction du Camp des Martyrs. La presse nationale tchadienne chroniquement
malade de moyens de déplacement dût se débrouiller.
Des journalistes de la Radio Nationale se sont imposés à
des confrères français qui tentaient de partir sans
eux: accrochés aux portières arrières, deux confrères
n’ont pu grimper à l’intérieur de la voiture
qu’après un parcours d’une vingtaine de mètres.
Au camp des Martyrs, le Colonel arrive simplement, descend d’une
Toyota comme nombre de ses combattants, il a la tête protégée
par un "Keffieh". Dans les locaux de l’ancien Etat-Major,
il s’accommodera d’un modeste bureau aux murs nus. C’est
là que le Président du MPS accordera sa toute première
interview à N’Djaména. Les mots "démocratie",
"multipartisme" et autres qui annoncent tout au moins une
ouverture politique y revenaient abondamment. Après cette rencontre
avec la presse et la déclaration à la Nation, l’homme
de la rue commente et attend le MPS "au tournant". Tant
il est habitué à des déclarations alléchantes
faites par les hommes politiques qui se sont succédés
dans ce pays.
M.Fackir
K.
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