N'Djamena Hebdo
La liberté de la presse est un droit  
 
Dossier lu dans la version papier de
N’Djaména bi-Hebdo n° 1000
10 janvier 2007
 
 
Témoignages
 

"N’Djaména Hebdo: pilier de la démocratie au Tchad"

Saleh Kebzabo, le fondateur de N’Djamena-hebdo, témoin de l’évolution du journal, reconnaît qu’après 17 années d’existence, NDJH maintient le cap du combat pour la défense de la démocratie. N’Djamena-Hebdo, c’était une opportunité et un projet .Une opportunité parce que, étant journaliste de formation, j’ai interrompu mes activités de journaliste. Demain l’Afrique qui était le dernier journal dans lequel j’étais, était tombé en faillite. Ce qui m’a beaucoup choqué parce que c’était le seul exemple d’un journal qui est mort parce qu’il avait beaucoup d’argent. Et c’est peut-être cette explication que j’ai voulu comprendre davantage en m’inscrivant à une école de gestion où j’ai passé un an.
Ensuite, n’ayant pas de journal qui pouvait m’embaucher et ne pouvant revenir au Tchad en 1980-81 avec la situation de guerre qui prévalait, je me suis installé au Cameroun. J’y ai lancé de petites affaires, en librairie essentiellement .Ce qui me semble une continuité du journalisme et de l’écriture. Puis je suis rentré au Tchad en 1986. J’ai toujours continué en librairie jusqu’à ce que l’opportunité s’est présentée. Il y avait ici un journal, disons, une publication tenue par un Français qui était à l’Asecna : N’Djamena la quinzaine. C’était essentiellement un journal d’annonces, de publicités. J’ai repris cette publication sous le nom de N’Djamena-Hebdo pas pour en faire un journal d’annonces, mais plutôt un journal de culture, d’infos générales.

D’où vous est venue l’idée d’écrire des articles politiques ?

C’était en 1989. Il vous souviendra qu’en 1989, il y a eu des élections législatives dites ouvertes. On s’est essayé un peu en politique, à deux reprises. Et c’est pour ça que je dis que c’est un projet. Un projet parce que c’était déjà, en Afrique, le début de la démocratisation. C’est le Bénin qui a donné le coup d’envoi avec la presse libre. Puis d’autres pays ont suivi, notamment le Cameroun voisin. Malgré le climat politique qu’on vivait à l’époque, nous nous sommes dit pourquoi le Tchad ne ferait pas comme les autres. Vous auriez noté, en lisant le journal, que c’était assez timide. Mais vous comprendrez aussi très bien que la bravoure a des limites. On ne pouvait pas ouvrir les vannes, comme dans les autres pays, et foncer là-dedans. On a fait un premier article-test, puis un deuxième.

La publication de ces articles politiques était-elle sans conséquences? Malheureusement, l’ami avec lequel on travaillait sur le plan politique, a été arrêté pendant qu’on préparait le deuxième numéro. Le brouillon de l’article politique était chez lui. J’étais inquiet de savoir s’il était arrêté pour cela ou pour autre chose. J’ai essayé de chercher le papier en question chez lui, mais je ne l’ai pas trouvé. Je pense que les agents de la Dds (Ndlr : Direction de la documentation et de la sécurité) ont certainement mal fouillé puisque, apparemment, ils n’auraient pas retrouvé le papier en question. En tout cas, je n’ai pas été directement inquiété. Je me rappelle que Guihni (Ndlr : responsable de la Dds) était venu me voir au journal une ou deux fois. C’est vrai que nous nous connaissions. Mais je trouvais suspect qu’il vienne pour me dire qu’il a entendu dire qu’on éditait un journal. On a joué ainsi au chat et à la souris. Puis les événements se sont précipités. Quand le Mps est entré le 1° décembre 1990, je crois que nous étions en mesure de sortir, quinze jours après, un journal totalement politique. Voilà pourquoi je dis que c’est un projet, une opportunité qui a permis d’élaborer ce projet d’un journal qui, avec une forte tonalité politique, devait participer au combat pour la démocratie au Tchad.

Ainsi, vous n’aviez pas décidé de prendre au mot ces libérateurs du 1° décembre qui prétendaient apporter la liberté aux Tchadiens ?

L’opportunité politique existait déjà avant le Mps .Je vous ai expliqué que dans deux numéros, avant l’arrivée du Mps, on s’était déjà essayé en politique. L’arrivée du Mps n’a été pour nous qu’une porte ouverte que nous avons enfoncée. C’est pourquoi lorsqu’on dit que NDJH a profité de l’arrivée du Mps, je réponds non. Le risque que nous avons pris à l’époque, sous Hissène Habré, c’en était quand même un. Ce n’était pas aussi facile comme on veut le faire croire aujourd’hui. C’est vrai que la diffusion était limitée. Ça, je le reconnais. Mais en même temps, je suppose qu’elle l’était pour plusieurs raisons. D’abord, nous ne pouvions pas en faire une publicité tapageuse. Ensuite, les gens avaient la possibilité de savoir qu’il y avait un journal. Mais peut-être avaient-ils peur sinon de le lire, du moins de le garder. Ainsi, lorsque le Mps arrive et que ce premier numéro fait un coup d’éclat, on pense que c’est l’arrivée du Mps qui a favorisé la sortie du journal. Je dis non. Je mets au défi quiconque, de façon professionnelle, de sortir un journal de ce niveau-là en 15 jours. Bon, ça veut dire que le support existait déjà et que c’est uniquement le contenu qu’on a adapté à une situation nouvelle. Et pour être plus complet, il est aussi évident que nous avions pris les nouveaux maîtres de N’Djamena au mot. Puisqu’ils disaient apporter la démocratie et que nous connaissions le contexte africain et international de l’époque : la Baule et ses conséquences. Nous nous sommes dit : « Bon, allons-y ! ». Et c’est ce qui a donné ce premier numéro qui a fait beaucoup de bruit. Mais si les gens du Mps étaient aussi démocrates que cela, ils ne devraient pas s’en offusquer. Or dès ce numéro-là, Ils s’en sont offusqués. Nos mauvaises relations datent de là. Ils se sont mis en tête que ce journal était gênant, plus que gênant pour eux. Ça a continué ainsi.

NDJH ne vous a pas servi personnellement de tremplin pour entrer en politique…

NDJH, c’est également un projet politique qui consistait à participer à la défense de la démocratie, à arracher la démocratie et à faire en sorte qu’il y ait un ancrage qu’il ne faut pas lâcher. Parce que nous avions senti, dès le départ, qu’il fallait qu’on participe à ce combat, de toutes nos forces, pour que la démocratie ne soit pas juste un rêve qu’on venait nous vendre. De ce point de vue, je ne pense pas que ce soit le journal qui m’ait lancé dans la politique. D’ailleurs, au plan politique, je n’étais pas inconnu…Pas par la presse, pas par le journalisme. Ici même au Tchad, à l’époque de Tombalbaye, j’étais connu pour avoir fait la prison, pour avoir fait d’ Infos Tchad un journal qui n’était pas toujours à la solde du gouvernement, pour avoir pris moi-même des positions politiques à l’époque. Si c’est cela être en politique, disons j’y étais déjà. Par mon parcours à Jeune Afrique, dans l’opposition avec Outel Bono, etc., je pense que, politiquement, j’étais déjà connu au Tchad. Mon nom n’était pas inconnu. Non, je ne pense pas que NDJH m’ait servi de tremplin pour entrer en politique. Et puis, en 1990-91, je n’avais pas l’intention, comme vous le dites, d’entrer en politique. Ce n’était pas du tout dans mon schéma. Lorsque je vais vous dire que mon entrée en politique était accidentelle, vous ne me croirez peut-être pas. Et c’est pourtant ça.

Racontez-le nous.

J’ai participé à la création de l’Undr (Ndlr : Union nationale pour la démocratie et le renouveau). Nous étions très nombreux à l’avoir créée. Je n’avais pas du tout cherché à en être le dirigeant. Ce n’était même pas dans mon intention. Et c’est bien pour ça qu’un autre a dirigé le parti et lui-même a abdiqué, si je peux le dire ainsi. Il disait que la charge était trop lourde à tout point de vue, qu’il ne pouvait pas continuer et qu’il faillait, pour le prochain congrès, trouver une autre personne. C’est comme ça que le choix s’est porté sur ma personne. J’ai été bien torturé pendant quelques temps parce que j’en connaissais les conséquences quand j’ai accepté. Je ne crois pas que le problème se pose comme ça.
Votre projet politique ou, du moins votre rêve (le combat pour la démocratie) s’est installé. Nous voulons parler de la création de NDJH . Vous l’avez dirigé pendant trois ans. Puis vous l’avez quitté.

Aujourd’hui, avec le recul, pensez-vous que NDJH défend l’idéal pour lequel vous vous êtes jeté à l’eau ?

Oui, je pense que, globalement, la ligne du journal, elle, est restée la même. Avec son style. Avec le tempérament des rédacteurs. Parce que le journal, c’est d’abord une équipe. C’est bien une tête qui dirige une équipe d’hommes faite de plusieurs sensibilités. L’essentiel étant, je crois, de maintenir le cap. De ce point de vue, on peut objectivement dire que le cap a été maintenu. Malgré toutes les pressions de différentes natures que le journal a connues, y compris la corruption intellectuelle. Il y a eu des tentatives qui ont même failli réussir. Le ver a réussi à s’infiltrer dans le fruit à un moment donné, mais il a été extirpé à temps. La barre a été redressée. Globalement, on peut dire que NDJH est un des piliers de la démocratie dans ce pays. De ce point de vue, le cap a été maintenu. Je ne pense pas qu’on puisse lui faire le grief d’avoir baissé les bras. Je crois que cela est très important.

Interview réalisée par
Jean Claude Nekim & Touroumbaye Geoffroy.

YBO évoque les difficultés de NDJH

A l’occasion de la parution du millième numéro de N’Djaména bi-hebdo, son Directeur de publication Yaldet Bégoto Oulatar fait découvrir aux lecteurs son journal ainsi que les difficultés auxquelles celui-ci fait face.

Comment se porte N’Djaména-Hebdo ?
Est-il viable financièrement ?


Nous tenions vaille que vaille et l’aventure dure depuis 17 ans. Avec la censure préalable consécutive à l’état d’urgence, nous avons perdu des lecteurs qui ne se retrouvent pas dans leur journal, cela fragilise vraiment nos finances. En clair, nous sommes à la même enseigne que tous les autres journaux.

Beaucoup des lecteurs du journal ne connaissent pas la forme juridique de cette entreprise de presse. Pouvez-vous nous faire éclairer là-dessus ?

En 1998, nous avions créé N’Djaména-Hebdo SA (société anonyme, Ndlr) avec une forte participation du personnel qui devait avoir 51% des actions; le fondateur Saleh Kebzabo en a 34 et moi-même 15. Malheureusement, compte tenu des difficultés, le personnel n’a pas pu libérer entièrement sa part du capital. Cela fait que l’idée généreuse que nous avons de faire participer le personnel dans l’actionnariat du journal n’a pas pu se concrétiser jusqu’à ce jour. Parce que le maigre salaire des membres du personnel n’a pu leur permettre de libérer entièrement leur part du capital. Nous avons essayé de contacter des partenaires pour nous aider dans ce domaine mais n’avons reçu le concours attendu.

Vous dites donc que le premier directeur de publication, Saleh Kebzabo, qui a quitté le journal pour embrasser la carrière politique, garde toujours des actions dans le journal…

Oui. Le journal est fait de telle manière qu’il y a une société de rédacteurs qui détient la majorité – théorique puisqu’ils n’ont pas pu libérer leur part du capital – des actions et les deux cofondateurs dont je vous ai dit la participation de chacun dans l’actionnariat de l’entreprise.

En langage simple, à qui appartient N’Djaména-Hebdo ?

A ses actionnaires bien entendu. Il y a les deux cofondateurs, Saleh Kebzabo et moi-même, et les journalistes qui ont contribué à la formation du capital.

Pouvez-vous nous donner l’organigramme du journal ?

Il y a un Conseil d’Administration présidé par moi-même et j’assure également la direction de publication du journal.

Le Conseil d’Administration se réunit-il assez régulièrement ?

Pas très souvent malheureusement. Compte tenu de ce que j’ai dit précédemment, nous n’avons pas réussi à stabiliser la situation.

En dehors de celles que vous avez déjà évoquées, n’y a-t-il pas d’autres difficultés auxquelles fait face le journal ?

Il faut dire que le lectorat s’est érodé du fait que pendant un certain moment, le salaire des fonctionnaires tombait difficilement.

D’un autre côté, l’autre gros problème que nous avons est celui de la distribution, à l’intérieur du pays notamment. Nous n’avons pas une messagerie qui s’occupe pleinement et exclusivement de la distribution des journaux. Ce qui fait que chaque fois que nous envoyons les journaux en province, il arrive très fréquemment que ces journaux ne soient pas distribués; les transporteurs les gardent par-devers eux. Comme ce n’est pas leur activité principale, ils n’accordent pas l’attention nécessaire pour assurer ce service comme il se doit.

L’autre problème lié à cela, c’est la remontée des produits des ventes. Comme ce ne sont pas des professionnels à qui nous envoyons les journaux, ils utilisent les produits de vente des journaux pour faire d’autres affaires. A telle enseigne que, lorsque nous envoyons une mission de recouvrement, l’argent n’est presque jamais disponible. Ainsi nous dépensons de l’argent pour aller recouvrer et nous ne recouvrons pas entièrement les recettes.

Entrevoyez-vous déjà quelques solutions pour pallier ces difficultés ?

Au niveau de l’Aept (Association des éditeurs de presse privée au Tchad, Ndlr) nous avons mené une réflexion. Nous avons même conçu un projet mais le coût de sa mise en œuvre est assez élevé et j’avoue qu’il est difficile dans ce pays d’avoir le concours bancaire nécessaire pour pouvoir réaliser ce projet. C’est une activité à part entière, qui va de la récupération des journaux à l’imprimerie, à leur envoi et au recouvrement des produits des ventes. Une étude a évalué la mise en œuvre de cette activité à hauteur de 60 à 100 millions. Comme je l’ai dit tantôt, les journaux sont dans une situation financière assez difficile, donc ils ne peuvent pas dégager les ressources propres pour réaliser ce projet. Cependant nous ne l’avons pas perdu de vue.

Qu’est-ce qu’il en est du marché publicitaire ?


Les lecteurs ont l’impression qu’il y a beaucoup d’annonces dans les journaux. Mais lorsqu’on analyse sérieusement, on se rend bien compte que les taux appliqués à la publicité ne sont pas élevés et très souvent ce sont les annonces légales que nous avons. Nous n’avons pas de produits de grande consommation qui sont promus dans nos journaux. A part la téléphonie mobile, il n’y a pas d’entreprise industrielle vraiment de taille à faire la publicité. A la faveur du projet pétrole, nous avons eu quand même quelques annonces intéressantes mais c’est fini depuis trois ans, donc nous faisons avec le peu que nous avons.

Où en est-on avec le projet de création de la radio N’Djaména-Hebdo FM ?

Nous avons longtemps caressé le projet d’avoir une station-radio. Nous avons même eu la fréquence mais il s’est avéré que nous n’avons pas eu l’argent nécessaire pour pouvoir le faire. Nous avons envisagé une radio purement commerciale ; cela suppose qu’il fallait des fonds propres pour démarrer, ce que nous n’avions pas.

Sur le plan pratique même, il est apparu après coups qu’il était difficile de gérer les deux activités : la radio et le journal. Aujourd’hui, nous sommes accaparés par le journal; et la radio n’est pas forcément le prolongement du journal.

D’abord hebdomadaire, le journal est devenu bi-hebdomadaire depuis quelques années. A quand le passage à un quotidien ?

C’est notre ambition dès le départ. Mais il y a quand même des préalables à remplir avant d’arriver à un quotidien. D’abord, il faut un personnel suffisant, mais nous n’en avons pas les moyens. La preuve, c’est que nous enregistrons régulièrement de départ des journalistes qui vont chercher mieux ailleurs.
Cela suppose également que le marché se stabilise , que nous ayons suffisamment de lecteurs pour tenir la production. Avec le tirage étriqué que nous avons, il est difficilement envisageable de passer à un quotidien.

En plus, il faut avoir réglé le problème de la distribution parce que ceux qui sont quotidiens ont des difficultés à acheminer leurs journaux en province.
Par contre, notre projet à court terme c’est l’édition en ligne pour laquelle nous avons eu un soutien de l’Unesco en matériels pour pouvoir démarrer. Ça sera fait probablement dans les semaines à venir.

Réalisée par
Alladoum Nadingar


Les souvenirs de KPG


Koï Pierrot Ganda (KPG), ancien secrétaire adjoint de rédaction de NDJH, aujourd’hui expert en communication à la Division population, rappelle ses souvenirs de NDJH.

Les souvenirs positifs que je garde de N’Djaména Hebdo sont nombreux. Dans l’ensemble, j’ai évolué dans un milieu qui était absolument professionnel, qui répondait à mon tempérament et à mon expérience, puisqu’avant d’arriver à N’Djaména Hebdo, j’étais directeur de rédaction avec trois à quatre chefs de rédaction de trois journaux. Donc, c’était une ambiance sous pression et j’ai retrouvé en quelque sorte la même.

Cela m’a permis de continuer à développer mes potentialités et aptitudes en tant que journaliste. Je retiens un grand souvenir d’avoir produit de 1994 à 1996, dans un genre que j’affectionne particulièrement: Le Billet d’humeur, qui malheureusement, ne figure plus dans le journal. J’ai produit près de 80 billets d’humeur pendant les trois années que j’ai passées à NDJH et cela reste pour moi un souvenir et je pense que je vais m’amuser à les faire publier dans un recueil. Je pourrai citer quelques billets que je n’oublie pas. Il faut savoir que j’ai écrit le premier dans le n° 133. Là, je signais sous le nom Le dévalué, parce que c’était en 1994 que la dévaluation battait son plein avec son cortège de conséquences négatives. Ce premier n° portait sur le nomadisme des politiciens tchadiens, qui allaient d’un parti politique à un autre sous le vocable pompeux de ralliement. Le billet du n° 162, intitulé les Mamadouseries relatait les frasques du ministre de la Condition féminine de l’époque, qui ne se gênait pas pour dire nous les femmes et qui revenait d’une mission en pestiférant contre celles-ci alors même qu’il était là en leur nom. Tous ces billets restent pour moi aujourd’hui les souvenirs les plus frappants.

Que retenez-vous de l’ambiance qui prévalait au sein de la rédaction ?

Je retiens nos combats avec les collaborateurs et amis de l’époque. Bien sûr pour ceux qui sont là encore vivant, c’est-à-dire Oulatar, Bendjo, … Mais ceux qui ont disparu aussi, notamment Guidingar, Kalaya et dans une moindre mesure René Mangué. Cette ambiance m’a appris beaucoup dans la vie: le contact humain, le mûrissement même de l’homme, la maturité quand on est en contact avec des gens de tempérament et formation différents ayant vécu des expériences de la vie. Cela fait grandir et je crois que je ne pourrai jamais oublier. J’en profite pour saluer la mémoire de ceux-là qui ont disparu et je pense que le journal a le devoir de faire quelque chose pour les immortaliser, ne serait-ce que recueillir leurs œuvres dans une publication.

Votre regard sur l’évolution du journal…

Je mentionne dans certains détails la transformation du journal. Parce que, à partir du n° 157, avec l’appui de nos amis de la Tribune de Genève, nous avons entrepris de donner un nouveau profil au journal, tant dans le contenu et la diversification actuelle des rubriques le démontre. Avant ce nouveau profil, jusqu’à un certain stade, une bonne partie de la surface de N’Djaména Hebdo était consacrée uniquement à la politique. Avec le re-profilage, le contenu a été diversifié: le social, l’économique et le culturel y ont trouvé leur compte. Dans la lancée, nous avons adopté et fait travailler le logo de N’Djaména Hebdo devenu aujourd’hui plus esthétique que l’ancien.

Je pourrais également rappeler certains des moments très intéressants que nous avons vécus. Il y a notamment cette fameuse élection présidentielle de 1996 dont je retiens deux éléments. Le premier, c’est lorsque l’Undr a signé un accord avec le Mps pour soutenir ce dernier au second tour. J’avais écrit un article assez corsé dans le numéro 239 du 27 juin 1996 où je déplorai ce retournement de veste. L’article était intitulé «Epouser le diable pour sauver le Tchad » (rire…). Cet article m’avait valu une réplique assez sèche de la part du président de l’Undr dans le n° 244 et ça s’est terminé ainsi. Nous avons l’habitude de la lutte et nous n’avons pas choisi de verser dans le négativisme de ceux qui, aujourd’hui, font le plus de bruit pour rien. Koï Pierrot serait-il de ceux-là? Ce serait dommage. Je me rappelle également la réponse sous forme de note de la rédaction que nous avons retournée et je n’ai même plus l’autorité de relancer la polémique. Je crois que l’histoire récente m’a donné raison par rapport à cet échange, à cette joute épistolaire à travers le journal.

Le deuxième élément que je retiens de 1996, c’est le recrutement et l’encadrement des jeunes diplômés que nous avons déployés pour la couverture de l’élection présidentielle. Je reste heureux, parce que parmi ceux-là, il y en a qui ont embrassé la profession de journaliste, pour le restant de leur vie. Je ne citerai que Nabia et Michaël Didama. J’en garde un très bon souvenir et je pense que j’ai contribué avec les autres à susciter l’intérêt des jeunes pour le journalisme.


Regard du Dr Pierre Dédjébé

Le journal N’Djaména Bi-Hebdo occupe une place de choix dans l’espace médiatique tchadien. Créé il y a une quinzaine d’années, il a contribué vigoureusement à l’émergence de la libre expression dans le pays. Malgré de multitudes tentatives de déstabilisation dont il a été l’objet, il a maintenu sa ligne éditoriale et continué à œuvrer pour l’émergence d’une information crédible et citoyenne.

Certes les modestes moyens dont il dispose et la parcimonie des spots publicitaires ont de temps en temps perturbé sa parution. Mais grâce au dynamisme de sa jeune rédaction le cap a été toujours maintenu.

Il faudrait ici rendre hommage à cette équipe qui, dans des conditions difficiles, a, par son dévouement et son enthousiasme continué à faire du journal une référence dans les médias tchadiens.
Pour l’avenir, il faudrait que l’accent soit un peu mis sur les problèmes de développement et sur les défis auxquels le pays et les citoyens sont confrontés. Beaucoup d’initiatives locales de développement sont en cours et dénotent la prise de conscience par les citoyens de la nécessité de prendre en main leur destin. Notre souhait est que l’environnement socio-politique permette aux médias de s’épanouir et de contribuer à l’information objective et à la formation des Citoyens.

La contribution de N’Djaména Bi-Hebdo
dans l’édification du processus démocratique tchadien

C’est une lapalissade que de dire qu’à 17 ans d’existence, Ndjh est le pionnier de la presse libre tchadienne. Un journal qui ne peut être comparé avec raison à aucun autre journal du paysage médiatique tchadien où il fait aujourd’hui figure de doyen après Tchad & Culture.

Il a acquis ses lettres de noblesse en s’impliquant à temps et à contre-temps dans les circonstances événementielles les plus déterminantes de l’histoire politique tchadienne.

Depuis lors, la vie de Ndjh n’a jamais été un roman d’amour. Elle a été jalonnée de péripéties liées à la petite histoire du processus démocratique de notre pays.

Le journal a pu s’imposer dès son lancement parce qu’il eu la chance d’avoir à sa tête deux figures de proue de la presse tchadienne, Saleh Kebzabo et Yaldet Bégoto Oulatar. Deux hommes courageux et au caractère trempé qui ne se laissaient pas intimider par le pouvoir pourtant réputé très dur, impitoyable voire despotique. Même après le départ de Kebzabo en 1992, le journal a eu d’autres hommes de caractère comme Guidingar Bérassedé, Djendoroum Mbaïninga, Roné, Mahamat Adamou, Bendjo, Gata Nder, Nékim, MLR, Tcha, KPG, Sosthène Ngargoun, Madjirangar Fakir pour ne citer que ceux-là. A travers eux, Ndjh a entretenu la flamme de la liberté grâce à un ton très virulent et des caricatures très osées.

Si je ne puis remonter à ses origines en 1989, comment pourrai-je oublier la prise de position audacieuse du journal qui d’abord en 1990, au plus fort des années de braise, a osé jeter un regard critique sur la tenue des premières élections législatives sous l’ère Habré. Ce qui a valu à son Directeur de publication de l’époque de passer un mauvais quart d’heure au Ministère de la l’Information et de l’Orientation Civique où il s’est vu rappeler à l’ordre. Puis, en 1992, avec l’appel à la tenue de la Conférence Nationale Souveraine ("Allons à la CNS") où Ndjh a été le seul média indépendant à l’avoir couvert de bout en bout à travers reportages, analyses et commentaires. Il a en outre ouvert largement ses colonnes aux participants à cette grand-messe pour leurs tribunes et autres contributions aux débats. Pour couronner ses efforts, le journal s’est vu décerner à la fin un satisfecit du Présidium de la CNS. Mieux, NDHJ a été le premier a avoir dénoncé dès 1991 dans ses colonnes ("Soudanais ils sont!" Ndjh N°26) les graves exactions commises par la horde de mercenaires soudanais qui avaient aidé Déby Itno à prendre le pouvoir et qui se comportaient comme en territoire conquis. Des violations de droits de l’Homme qualifiées de simples "bavures" par le pouvoir. Ce qui avait valu à un certain Hassaballa Soubiane, alors ministre de l’Intérieur le surnom de "Monsieur Bavure". Bref, les prises de position de Ndjh sont toujours pointues quand il s’agît de dénoncer ou de condamner toute action ou exaction du régime Déby Itno. C’est comme cela que tout au long de son histoire, Ndjh est apparu, puis s’est imposé comme l’unique contre-pouvoir avant que n’apparaissent d’autres médias.
Rien d’étonnant alors à ce que Ndjh se soit heurté à l’hostilité des gouvernants qui l’accusaient d’être trop critique, de raconter des mensonges, d’en dire trop et surtout de publier des informations qui desservent l’intérêt national.

Alors commencent les vrais déboires du journal. Toutefois, ses rédacteurs ne baissent pas les bras. Les débats politiques et de société continuent. Les maux qui minent le Tchad sont relevés, décrits minutieusement, expliqués et commentés : la forme de l’Etat, la laïcité, le tribalisme, le népotisme, la prévarication, la paresse, les abus d’autorité et la prostitution des valeurs. Les gouvernants ont tout fait pour le faire taire : saisie des exemplaires, mise à sac des locaux en 1995, procès en cascade suivi de lourdes peines et fortes condamnations, menace de mort suite à la publication de la photo du cadavre de Hassan Djamous… Cette dernière affaire à elle seule en dit long sur la conception que certains Tchadiens ont du pouvoir. Car, le journal croyait si bien faire en publiant cette photo notamment pour dénoncer les crimes odieux de Habré et surtout montrer que Djamous, du fait de son martyre n’appartient pas seulement à sa famille mais à la nation toute entière. Ce qui sans doute n’a pas été du goût de sa famille.

Le rapport de forces a parfois été en faveur du pouvoir. Ndjh en a souffert car ceci a coûté cher au budget du journal. Heureusement, grâce au soutien de bonnes volontés et de ses lecteurs, il pu surmonter les épreuves que lui imposaient le pouvoir. C’est justement le lieu ici de rendre un hommage mérité à tous ces hommes et femmes, toutes ces associations de la société civile, nationales ou internationales qui ont contribué, chacun à sa manière et à des degrés divers à ce combat de la liberté. Il faut également jeter des fleurs aux pionniers qui pour certains au mépris de leur vie ont jour après jour bravé de graves dangers dans leur quête de voir éclore sur la terre de nos aïeux une nation démocratique respectueuse des droits de l’Homme.

Avec "Le Temps", "l’Observateur", et plus tard "Notre Temps", Ndjh a été le canal d’expression des opprimés de tout bord. Son plus grand mérite a sans doute été d’avoir amené les Tchadiens à sortir de la peur dans laquelle ils sont restés plus de trente ans pour désormais dénoncer la moindre exaction dont ils sont victimes. La mise en lumière de détournements de fonds constitue également une constante dans les pages de Ndjh qui s’est institué maître dans l’œuvre de moralisation de la vie publique. C’est ainsi qu’il étalera les puants dossiers (projets élevage, éducation, bonus pétrole...) sur la place publique en utilisant ses méthodes d’investigation dont l’efficacité n’est plus à prouver et surtout en faisant parler les victimes.

Les animateurs du journal prenaient des risques énormes qui les faisaient passer pour des héros. Ils avaient donné le meilleur d’eux-mêmes à construire la justice et la paix dans notre pays à travers la présentation d’une information qui participe d’une critique constructive, de la promotion du dialogue et de la tolérance. Toute chose qui n’a pas échappé à l’Union européenne qui n’a pas hésité à lui tisser une couronne de lauriers à travers l’attribution d’un prix de droits de l’Homme (Lorenzo Nathali) en 1993. Une reconnaissance que lui ont pourtant refusé les autorités de son propre pays. Comme quoi nul n’est prophète chez lui!

Mais on pouvait aussi reprocher à Ndjh des positions proches de l’opposition. Ce dont les responsables du journal ne s’en offusquent pas d’ailleurs. Car, se défendent-ils, "«si par hasard, nos prises de position coïncident avec celles de l’opposition sur des questions qui nous paraissent essentielles, tant mieux!". Le Président Déby traitait d’ailleurs non sans agacement Ndjh de "journal mille collines". Une critique qui peut paraître juste tant ce journal ne manquait aucune occasion pour dénoncer avec acharnement la moindre exaction commis par les pontes du régime. Ce qui pourrait faire croire a priori à un règlement de compte. Mais quel individu, quel journal sérieux peut-il rester indifférent face à tous ces abus? aucun pensons-nous. La preuve: tous ceux qui sont dans le pouvoir, une fois évincés sont les premiers à venir dénoncer au journal (généralement sous couvert d’anonymat) les méfaits du régime.

Ndjh a certes joué les contre-pouvoirs. Mais a-t-il toujours été fidèle à ses positions? N’y a-t-il pas eu des moments de doute? On peut se poser la question en s’appuyant sur les déclarations de son rédacteur en chef de l’époque Dieudonné Djonabaye qui se serait fait "hara-kiri" en déclarant au cours d’une conférence-débat organisée en 2002 au centre Al Mouna que la presse privée ne fait pas de l’information! Même s’il a par la suite accusé "L’Observateur" qui avait rapporté ses propos d’avoir trahi sa pensée, entre-temps, le mal est déjà fait.

Ndjh veut-il rester l’instrument d’information engagé dans la lutte pour une société de liberté politique, socio-économique et culturelle ?

La question est fondamentale dans un pays où la presse indépendante est confrontée à un régime politique dont les moyens sont l’obscurantisme, la répression de la pensée rationnelle, la corruption matérielle et morale, le bannissement des valeurs et l’impunité des crimes organisés. Ceci exige une presse privée engagée, innovante c’est-à-dire pleine de créativité. Des qualités qui semblent faire aujourd’hui défaut à NDJH.

Il faut tout de même souhaiter à Ndjh de rallumer le feu vacillant au fil des années. Pour cela, il se doit de retrouver ce ton percutant dans un environnement très apaisé pour reprendre un terme à la mode. Car pour certains lecteurs le journal n’a plus sa pertinence d’antan. D’autres confrères préférant s’exprimer sous le sceau de l’anonymat pour ne pas agacer ceux qui animent le journal de nos jours déclarent que "ce n’est plus Ndjh dans lequel nous avons travaillé".

La véritable difficulté de ceux qui animent Ndjh de nos jours est d’évoluer dans un cadre où la démocratie piétine et où les lecteurs, ayant gagné en maturité sont devenus plus exigeants et attendent de la part de la presse plus que la simple information.
Dionko Maoundé

17 ans après, N’Djaména Hebdo est un journal respectable

Le 1er décembre 1990 quand les N’Djaménois se réveillèrent en apprenant la surprenante nouvelle de la fuite du "Lion de l’Unir" Hissein Habré, et aux lendemains de la fameuse déclaration du nouveau maître du palais Présidentiel Idriss Déby, N’Djaména Hebdo modeste "revue d’annonces, de publicité, de sports et de loisirs" se trouva une nouvelle vocation. Il devint le premier journal indépendant "d’informations générales" avec un titre d’anthologie "plus jamais ça!" Le journal n’eut aucun mal à attirer de nombreux journalistes désireux de tremper leur plume dans l’encre de la liberté

qui s’offrait enfin à eux après les années de censure et de "griotisme". Je fus de ceux là et je garde un souvenir ému de cette période héroïque où la fièvre de l’écriture nous faisait oublier le danger, la précarité, où les pensées étaient libérées de toutes entraves, la plume volontaire et prolifique.

17 ans après, N’Djaména Bi-Hebdo est un journal respectable dont la stature s’impose dans le cercle des publications tchadiennes. Elle a acquis de la maturité, un savoir faire indéniable et c’est l’un des rares hebdomadaires qu’on peut considérer comme une entreprise de presse avec une administration et une gestion proche des normes.

Mais le doyen de la presse dite indépendante a pris de l’âge assurément et sa ligne éditoriale s’emble quelque peu empâtée. L’audace a cédé la place à la prudence et les articles manquent de punch, d’inédit et d’investigations. Les responsables du journal semblent avoir tiré des leçons des saccages de son local, des violences dont été victimes le Directeur de publication et son rédacteur en chef, sans compter de multiples procès. N’Djaména Bi Hebdo poursuit son bonhomme de chemin en comptant sur les quelques milliers de lecteurs qui lui sont acquis. Il est peut-être temps qu’il opère une petite remise en cause éditoriale pour stimuler ses ventes qui chutent années après années. Dieudonné Gata Nder

 
Dionko Maoundé, actuel conseiller au Haut conseil de la communication met NDJH sur un piédestal
 
Je suis arrivé à N’Djaména Hebdo à l’issue d’un test de recrutement organisé en 1992. C’était un test très sélectif à l’issue duquel seuls cinq candidats sur 500 ont été retenus. A l’époque, j’étais étudiant en 2ème année de droit et en même temps l’un des principaux animateurs d’un journal de l’Université qui s’appelait Débats. C’est ce qui me prédestinait d’une certaine manière à ce métier.

Dans quelle circonstance avez-vous quitté le journal ?

Je suis parti en 1994 à la faveur d’une bourse qui m’a été octroyée par l’Université catholique de Lyon, plus précisément l’Institut des droits de l’homme d Lyon, consécutivement au prix des droits de l’homme qu’avait gagné N’Djaména Hebdo en 1993. Le prix Lorenzo Natali, pour ne pas le nommer.
 
En principe, je devais rester une année, juste le temps de préparer une maîtrise en droit de l’homme afin de parfaire mes connaissances dans ce domaine. Finalement, j’y suis resté six années pour passer mon doctorat et rentré en 2000.

Quels sont aujourd’hui les souvenirs que vous gardez de NDJH ?

Je retiens cette ambiance très fraternelle et conviviale qui prévalait à la rédaction. Car les deux responsables de l’époque, le directeur de publication, Saleh Kebzabo et le rédacteur en chef, Y. Bégoto Oulatar étaient des patrons très ouverts avec un esprit libéral, quoique tatillons sur les bords. Comme souvenirs, il faudrait dire que nous passions des nuits blanches à boucler le journal. Le lendemain, les conférences de rédaction étaient houleuses, on pensait même en venir aux mains, mais après, tout rentrait dans l’ordre et on allait déguster une petite bière comme pour oublier la brouille. Notre joie à nous était de donner le meilleur de nous-mêmes à construire la justice, la paix dans notre pays à travers la présentation d’une information qui participe d’une critique constructive et de la promotion du dialogue et de la tolérance. Bref, nous avions une grande idée de notre métier, puisque nous pensions sincèrement être investis d’une mission. Celle de l’éclosion de la démocratie et du développement.

Je dois aussi relever que nous avions été cinq à arriver au journal et nous avions été bien entourés, puisque nous avions eu la chance de travailler avec la crème de la presse tchadienne de l’époque. Bien que nos aînés nous considéraient comme leurs amis avec lesquels le débat d’idées était franc, loyal, fécond et positif, je me sentais parfaitement à l’aise à la rédaction. A l’époque, NDJH était le seul journal où tout le monde voulait y écrire au point où il ne nous était pas facile à nous les stagiaires d’y placer un article. Et quand nous parvenions à le faire, c’était une prouesse. Tellement la qualité et le professionnalisme prévalaient au sein du journal.

De retour de Lyon vous avez repris votre plume…

Oui, mais je signais sous un pseudonyme, parce que j’avais d’autres obligations.

Vous êtes aujourd’hui au Haut conseil de la communication. NDJH vous a-t-il été un tremplin ?

Bien sûr. Je pense que beaucoup de confrères d’autres organes ont contribué à mon élection en se disant qu’ils pouvaient parfaitement faire confiance à quelqu’un venu de N’Djaména Hebdo.


Témoignage du premier vendeur à la criée
Sur le visage de Salhoulba Paul se lit la fierté d’avoir été le tout premier vendeur à la criée de Ndjh. Son regret est de l’avoir quitté plus tôt.

J’étais le premier vendeur de Ndjh en 1990, s’enorgueillit Sahoulba. A l’époque, se rappelle-t-il, "il n’y avait pas d’autres journaux", en omettant l’existence de Tchad et Culture. A lui seul, il prenait 1000 exemplaires du journal à chaque parution. "J’ai choisi mon site de vente au rond point du Palais de justice. Mais avant d’y arriver à pied, je vendais déjà pratiquement la moitié de ma dotation".

Il se dit fier d’exercer ce métier qui, en son temps, permettait de nourrir sa petite famille et d’inscrire ses enfants à l’école. "Mon plus grand plaisir est d’avoir acheté avec mes ristournes une chèvre qui continue à se reproduire jusqu’aujourd’hui.

Cela me dépanne en cas de besoin", relate-t-il. Le journal se vendait bien et Sahoulba y tirait sa motivation. Sur chaque numéro vendu, il empochait du coup 15 FCFA en plus des 10 F qui lui sont épargnés à la caisse du journal. "je regrette aujourd’hui d’avoir quitté Ndjh pour un autre travail au bar où je n’y ai pas mis longtemps. Maintenant, je vends le quotidien Le Progrès".

Sahoulba apprécie particulièrement le courage des journalistes de Ndjh et ses responsables qui, selon lui, travaillent avec beaucoup de rigueur. Il encourage le journal à persévérer dans sa lutte pour la défense des droits et libertés des citoyens tchadiens. Longue vie à Ndjh, conclut son ancien vendeur à la criée.

 
 
 
 
N'Djamena Hebdo
Tchad (Afrique centrale) 17ème année
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