"N’Djaména Hebdo: pilier de la démocratie
au Tchad"
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Saleh
Kebzabo, le fondateur de N’Djamena-hebdo, témoin
de l’évolution du journal, reconnaît
qu’après 17 années d’existence,
NDJH maintient le cap du combat pour la défense
de la démocratie. N’Djamena-Hebdo, c’était
une opportunité et un projet .Une opportunité
parce que, étant journaliste de formation, j’ai
interrompu mes activités de journaliste. Demain
l’Afrique qui était le dernier journal
dans lequel j’étais, était tombé
en faillite. Ce qui m’a beaucoup choqué
parce que c’était le seul exemple d’un
journal qui est mort parce qu’il avait beaucoup
d’argent. Et c’est peut-être cette
explication que j’ai voulu comprendre davantage
en m’inscrivant à une école de gestion
où j’ai passé un an. |
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Ensuite,
n’ayant pas de journal qui pouvait m’embaucher et ne pouvant
revenir au Tchad en 1980-81 avec la situation de guerre qui prévalait,
je me suis installé au Cameroun. J’y ai lancé de
petites affaires, en librairie essentiellement .Ce qui me semble une
continuité du journalisme et de l’écriture. Puis
je suis rentré au Tchad en 1986. J’ai toujours continué
en librairie jusqu’à ce que l’opportunité
s’est présentée. Il y avait ici un journal, disons,
une publication tenue par un Français qui était à
l’Asecna : N’Djamena la quinzaine. C’était
essentiellement un journal d’annonces, de publicités. J’ai
repris cette publication sous le nom de N’Djamena-Hebdo pas pour
en faire un journal d’annonces, mais plutôt un journal de
culture, d’infos générales.
D’où vous est venue l’idée d’écrire
des articles politiques ?
C’était en 1989. Il vous souviendra qu’en 1989, il
y a eu des élections législatives dites ouvertes. On s’est
essayé un peu en politique, à deux reprises. Et c’est
pour ça que je dis que c’est un projet. Un projet parce
que c’était déjà, en Afrique, le début
de la démocratisation. C’est le Bénin qui a donné
le coup d’envoi avec la presse libre. Puis d’autres pays
ont suivi, notamment le Cameroun voisin. Malgré le climat politique
qu’on vivait à l’époque, nous nous sommes
dit pourquoi le Tchad ne ferait pas comme les autres. Vous auriez noté,
en lisant le journal, que c’était assez timide. Mais vous
comprendrez aussi très bien que la bravoure a des limites. On
ne pouvait pas ouvrir les vannes, comme dans les autres pays, et foncer
là-dedans. On a fait un premier article-test, puis un deuxième.
La publication de ces articles politiques était-elle sans conséquences?
Malheureusement, l’ami avec lequel on travaillait sur le plan
politique, a été arrêté pendant qu’on
préparait le deuxième numéro. Le brouillon de l’article
politique était chez lui. J’étais inquiet de savoir
s’il était arrêté pour cela ou pour autre
chose. J’ai essayé de chercher le papier en question chez
lui, mais je ne l’ai pas trouvé. Je pense que les agents
de la Dds (Ndlr : Direction de la documentation et de la sécurité)
ont certainement mal fouillé puisque, apparemment, ils n’auraient
pas retrouvé le papier en question. En tout cas, je n’ai
pas été directement inquiété. Je me rappelle
que Guihni (Ndlr : responsable de la Dds) était venu me voir
au journal une ou deux fois. C’est vrai que nous nous connaissions.
Mais je trouvais suspect qu’il vienne pour me dire qu’il
a entendu dire qu’on éditait un journal. On a joué
ainsi au chat et à la souris. Puis les événements
se sont précipités. Quand le Mps est entré le 1°
décembre 1990, je crois que nous étions en mesure de sortir,
quinze jours après, un journal totalement politique. Voilà
pourquoi je dis que c’est un projet, une opportunité qui
a permis d’élaborer ce projet d’un journal qui, avec
une forte tonalité politique, devait participer au combat pour
la démocratie au Tchad.
Ainsi, vous n’aviez pas décidé de prendre
au mot ces libérateurs du 1° décembre qui prétendaient
apporter la liberté aux Tchadiens ?
L’opportunité politique existait déjà avant
le Mps .Je vous ai expliqué que dans deux numéros, avant
l’arrivée du Mps, on s’était déjà
essayé en politique. L’arrivée du Mps n’a
été pour nous qu’une porte ouverte que nous avons
enfoncée. C’est pourquoi lorsqu’on dit que NDJH a
profité de l’arrivée du Mps, je réponds non.
Le risque que nous avons pris à l’époque, sous Hissène
Habré, c’en était quand même un. Ce n’était
pas aussi facile comme on veut le faire croire aujourd’hui. C’est
vrai que la diffusion était limitée. Ça, je le
reconnais. Mais en même temps, je suppose qu’elle l’était
pour plusieurs raisons. D’abord, nous ne pouvions pas en faire
une publicité tapageuse. Ensuite, les gens avaient la possibilité
de savoir qu’il y avait un journal. Mais peut-être avaient-ils
peur sinon de le lire, du moins de le garder. Ainsi, lorsque le Mps
arrive et que ce premier numéro fait un coup d’éclat,
on pense que c’est l’arrivée du Mps qui a favorisé
la sortie du journal. Je dis non. Je mets au défi quiconque,
de façon professionnelle, de sortir un journal de ce niveau-là
en 15 jours. Bon, ça veut dire que le support existait déjà
et que c’est uniquement le contenu qu’on a adapté
à une situation nouvelle. Et pour être plus complet, il
est aussi évident que nous avions pris les nouveaux maîtres
de N’Djamena au mot. Puisqu’ils disaient apporter la démocratie
et que nous connaissions le contexte africain et international de l’époque
: la Baule et ses conséquences. Nous nous sommes dit : «
Bon, allons-y ! ». Et c’est ce qui a donné ce premier
numéro qui a fait beaucoup de bruit. Mais si les gens du Mps
étaient aussi démocrates que cela, ils ne devraient pas
s’en offusquer. Or dès ce numéro-là, Ils
s’en sont offusqués. Nos mauvaises relations datent de
là. Ils se sont mis en tête que ce journal était
gênant, plus que gênant pour eux. Ça a continué
ainsi.
NDJH ne vous a pas servi personnellement de tremplin pour entrer
en politique…
NDJH, c’est également un projet politique qui consistait
à participer à la défense de la démocratie,
à arracher la démocratie et à faire en sorte qu’il
y ait un ancrage qu’il ne faut pas lâcher. Parce que nous
avions senti, dès le départ, qu’il fallait qu’on
participe à ce combat, de toutes nos forces, pour que la démocratie
ne soit pas juste un rêve qu’on venait nous vendre. De ce
point de vue, je ne pense pas que ce soit le journal qui m’ait
lancé dans la politique. D’ailleurs, au plan politique,
je n’étais pas inconnu…Pas par la presse, pas par
le journalisme. Ici même au Tchad, à l’époque
de Tombalbaye, j’étais connu pour avoir fait la prison,
pour avoir fait d’ Infos Tchad un journal qui n’était
pas toujours à la solde du gouvernement, pour avoir pris moi-même
des positions politiques à l’époque. Si c’est
cela être en politique, disons j’y étais déjà.
Par mon parcours à Jeune Afrique, dans l’opposition avec
Outel Bono, etc., je pense que, politiquement, j’étais
déjà connu au Tchad. Mon nom n’était pas
inconnu. Non, je ne pense pas que NDJH m’ait servi de tremplin
pour entrer en politique. Et puis, en 1990-91, je n’avais pas
l’intention, comme vous le dites, d’entrer en politique.
Ce n’était pas du tout dans mon schéma. Lorsque
je vais vous dire que mon entrée en politique était accidentelle,
vous ne me croirez peut-être pas. Et c’est pourtant ça.
Racontez-le nous.
J’ai participé à la création de l’Undr
(Ndlr : Union nationale pour la démocratie et le renouveau).
Nous étions très nombreux à l’avoir créée.
Je n’avais pas du tout cherché à en être le
dirigeant. Ce n’était même pas dans mon intention.
Et c’est bien pour ça qu’un autre a dirigé
le parti et lui-même a abdiqué, si je peux le dire ainsi.
Il disait que la charge était trop lourde à tout point
de vue, qu’il ne pouvait pas continuer et qu’il faillait,
pour le prochain congrès, trouver une autre personne. C’est
comme ça que le choix s’est porté sur ma personne.
J’ai été bien torturé pendant quelques temps
parce que j’en connaissais les conséquences quand j’ai
accepté. Je ne crois pas que le problème se pose comme
ça.
Votre projet politique ou, du moins votre rêve (le combat pour
la démocratie) s’est installé. Nous voulons parler
de la création de NDJH . Vous l’avez dirigé pendant
trois ans. Puis vous l’avez quitté.
Aujourd’hui, avec le recul, pensez-vous que NDJH défend
l’idéal pour lequel vous vous êtes jeté à
l’eau ?
Oui, je pense que, globalement, la ligne du journal, elle, est restée
la même. Avec son style. Avec le tempérament des rédacteurs.
Parce que le journal, c’est d’abord une équipe. C’est
bien une tête qui dirige une équipe d’hommes faite
de plusieurs sensibilités. L’essentiel étant, je
crois, de maintenir le cap. De ce point de vue, on peut objectivement
dire que le cap a été maintenu. Malgré toutes les
pressions de différentes natures que le journal a connues, y
compris la corruption intellectuelle. Il y a eu des tentatives qui ont
même failli réussir. Le ver a réussi à s’infiltrer
dans le fruit à un moment donné, mais il a été
extirpé à temps. La barre a été redressée.
Globalement, on peut dire que NDJH est un des piliers de la démocratie
dans ce pays. De ce point de vue, le cap a été maintenu.
Je ne pense pas qu’on puisse lui faire le grief d’avoir
baissé les bras. Je crois que cela est très important.
Interview
réalisée par
Jean Claude Nekim & Touroumbaye Geoffroy.
YBO
évoque les difficultés de NDJH
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A
l’occasion de la parution du millième numéro
de N’Djaména bi-hebdo, son Directeur de publication
Yaldet Bégoto Oulatar fait découvrir aux lecteurs
son journal ainsi que les difficultés auxquelles celui-ci
fait face.
Comment se porte N’Djaména-Hebdo ?
Est-il viable financièrement ?
Nous tenions vaille que vaille et l’aventure dure depuis
17 ans. Avec la censure préalable consécutive
à l’état d’urgence, nous avons perdu
des lecteurs qui ne se retrouvent pas dans leur journal, cela
fragilise vraiment nos finances. En clair, nous sommes à
la même enseigne que tous les autres journaux. |
Beaucoup
des lecteurs du journal ne connaissent pas la forme juridique de cette
entreprise de presse. Pouvez-vous nous faire éclairer là-dessus
?
En 1998, nous avions créé N’Djaména-Hebdo
SA (société anonyme, Ndlr) avec une forte participation
du personnel qui devait avoir 51% des actions; le fondateur Saleh
Kebzabo en a 34 et moi-même 15. Malheureusement, compte tenu
des difficultés, le personnel n’a pas pu libérer
entièrement sa part du capital. Cela fait que l’idée
généreuse que nous avons de faire participer le personnel
dans l’actionnariat du journal n’a pas pu se concrétiser
jusqu’à ce jour. Parce que le maigre salaire des membres
du personnel n’a pu leur permettre de libérer entièrement
leur part du capital. Nous avons essayé de contacter des partenaires
pour nous aider dans ce domaine mais n’avons reçu le
concours attendu.
Vous dites donc que le premier directeur de publication, Saleh
Kebzabo, qui a quitté le journal pour embrasser la carrière
politique, garde toujours des actions dans le journal…
Oui. Le journal est fait de telle manière qu’il y a une
société de rédacteurs qui détient la majorité
– théorique puisqu’ils n’ont pas pu libérer
leur part du capital – des actions et les deux cofondateurs
dont je vous ai dit la participation de chacun dans l’actionnariat
de l’entreprise.
En langage simple, à qui appartient N’Djaména-Hebdo
?
A ses actionnaires bien entendu. Il y a les deux cofondateurs, Saleh
Kebzabo et moi-même, et les journalistes qui ont contribué
à la formation du capital.
Pouvez-vous nous donner l’organigramme du journal ?
Il y a un Conseil d’Administration présidé par
moi-même et j’assure également la direction de
publication du journal.
Le Conseil d’Administration se réunit-il assez
régulièrement ?
Pas très souvent malheureusement. Compte tenu de ce que j’ai
dit précédemment, nous n’avons pas réussi
à stabiliser la situation.
En dehors de celles que vous avez déjà évoquées,
n’y a-t-il pas d’autres difficultés auxquelles
fait face le journal ?
Il faut dire que le lectorat s’est érodé du fait
que pendant un certain moment, le salaire des fonctionnaires tombait
difficilement.
D’un autre côté, l’autre gros problème
que nous avons est celui de la distribution, à l’intérieur
du pays notamment. Nous n’avons pas une messagerie qui s’occupe
pleinement et exclusivement de la distribution des journaux. Ce qui
fait que chaque fois que nous envoyons les journaux en province, il
arrive très fréquemment que ces journaux ne soient pas
distribués; les transporteurs les gardent par-devers eux. Comme
ce n’est pas leur activité principale, ils n’accordent
pas l’attention nécessaire pour assurer ce service comme
il se doit.
L’autre problème lié à cela, c’est
la remontée des produits des ventes. Comme ce ne sont pas des
professionnels à qui nous envoyons les journaux, ils utilisent
les produits de vente des journaux pour faire d’autres affaires.
A telle enseigne que, lorsque nous envoyons une mission de recouvrement,
l’argent n’est presque jamais disponible. Ainsi nous dépensons
de l’argent pour aller recouvrer et nous ne recouvrons pas entièrement
les recettes.
Entrevoyez-vous déjà quelques solutions pour
pallier ces difficultés ?
Au niveau de l’Aept (Association des éditeurs de presse
privée au Tchad, Ndlr) nous avons mené une réflexion.
Nous avons même conçu un projet mais le coût de
sa mise en œuvre est assez élevé et j’avoue
qu’il est difficile dans ce pays d’avoir le concours bancaire
nécessaire pour pouvoir réaliser ce projet. C’est
une activité à part entière, qui va de la récupération
des journaux à l’imprimerie, à leur envoi et au
recouvrement des produits des ventes. Une étude a évalué
la mise en œuvre de cette activité à hauteur de
60 à 100 millions. Comme je l’ai dit tantôt, les
journaux sont dans une situation financière assez difficile,
donc ils ne peuvent pas dégager les ressources propres pour
réaliser ce projet. Cependant nous ne l’avons pas perdu
de vue.
Qu’est-ce qu’il en est du marché publicitaire ?
Les lecteurs ont l’impression qu’il y a beaucoup d’annonces
dans les journaux. Mais lorsqu’on analyse sérieusement,
on se rend bien compte que les taux appliqués à la publicité
ne sont pas élevés et très souvent ce sont les
annonces légales que nous avons. Nous n’avons pas de
produits de grande consommation qui sont promus dans nos journaux.
A part la téléphonie mobile, il n’y a pas d’entreprise
industrielle vraiment de taille à faire la publicité.
A la faveur du projet pétrole, nous avons eu quand même
quelques annonces intéressantes mais c’est fini depuis
trois ans, donc nous faisons avec le peu que nous avons.
Où en est-on avec le projet de création de la
radio N’Djaména-Hebdo FM ?
Nous avons longtemps caressé le projet d’avoir une station-radio.
Nous avons même eu la fréquence mais il s’est avéré
que nous n’avons pas eu l’argent nécessaire pour
pouvoir le faire. Nous avons envisagé une radio purement commerciale
; cela suppose qu’il fallait des fonds propres pour démarrer,
ce que nous n’avions pas.
Sur le plan pratique même, il est apparu après coups
qu’il était difficile de gérer les deux activités
: la radio et le journal. Aujourd’hui, nous sommes accaparés
par le journal; et la radio n’est pas forcément le prolongement
du journal.
D’abord hebdomadaire, le journal est devenu bi-hebdomadaire
depuis quelques années. A quand le passage à un quotidien
?
C’est notre ambition dès le départ. Mais il y
a quand même des préalables à remplir avant d’arriver
à un quotidien. D’abord, il faut un personnel suffisant,
mais nous n’en avons pas les moyens. La preuve, c’est
que nous enregistrons régulièrement de départ
des journalistes qui vont chercher mieux ailleurs.
Cela suppose également que le marché se stabilise ,
que nous ayons suffisamment de lecteurs pour tenir la production.
Avec le tirage étriqué que nous avons, il est difficilement
envisageable de passer à un quotidien.
En plus, il faut avoir réglé le problème de la
distribution parce que ceux qui sont quotidiens ont des difficultés
à acheminer leurs journaux en province.
Par contre, notre projet à court terme c’est l’édition
en ligne pour laquelle nous avons eu un soutien de l’Unesco
en matériels pour pouvoir démarrer. Ça sera fait
probablement dans les semaines à venir.
Réalisée
par
Alladoum Nadingar
Les souvenirs de KPG
|
Koï
Pierrot Ganda (KPG), ancien secrétaire adjoint de rédaction
de NDJH, aujourd’hui expert en communication à
la Division population, rappelle ses souvenirs de NDJH.
Les souvenirs positifs que je garde de N’Djaména
Hebdo sont nombreux. Dans l’ensemble, j’ai évolué
dans un milieu qui était absolument professionnel, qui
répondait à mon tempérament et à
mon expérience, puisqu’avant d’arriver à
N’Djaména Hebdo, j’étais directeur
de rédaction avec trois à quatre chefs de rédaction
de trois journaux. Donc, c’était une ambiance sous
pression et j’ai retrouvé en quelque sorte la même. |
Cela
m’a permis de continuer à développer mes potentialités
et aptitudes en tant que journaliste. Je retiens un grand souvenir
d’avoir produit de 1994 à 1996, dans un genre que j’affectionne
particulièrement: Le Billet d’humeur, qui malheureusement,
ne figure plus dans le journal. J’ai produit près de
80 billets d’humeur pendant les trois années que j’ai
passées à NDJH et cela reste pour moi un souvenir et
je pense que je vais m’amuser à les faire publier dans
un recueil. Je pourrai citer quelques billets que je n’oublie
pas. Il faut savoir que j’ai écrit le premier dans le
n° 133. Là, je signais sous le nom Le dévalué,
parce que c’était en 1994 que la dévaluation battait
son plein avec son cortège de conséquences négatives.
Ce premier n° portait sur le nomadisme des politiciens tchadiens,
qui allaient d’un parti politique à un autre sous le
vocable pompeux de ralliement. Le billet du n° 162, intitulé
les Mamadouseries relatait les frasques du ministre de la Condition
féminine de l’époque, qui ne se gênait pas
pour dire nous les femmes et qui revenait d’une mission en pestiférant
contre celles-ci alors même qu’il était là
en leur nom. Tous ces billets restent pour moi aujourd’hui les
souvenirs les plus frappants.
Que retenez-vous de l’ambiance qui prévalait
au sein de la rédaction ?
Je retiens nos combats avec les collaborateurs et amis de l’époque.
Bien sûr pour ceux qui sont là encore vivant, c’est-à-dire
Oulatar, Bendjo, … Mais ceux qui ont disparu aussi, notamment
Guidingar, Kalaya et dans une moindre mesure René Mangué.
Cette ambiance m’a appris beaucoup dans la vie: le contact humain,
le mûrissement même de l’homme, la maturité
quand on est en contact avec des gens de tempérament et formation
différents ayant vécu des expériences de la vie.
Cela fait grandir et je crois que je ne pourrai jamais oublier. J’en
profite pour saluer la mémoire de ceux-là qui ont disparu
et je pense que le journal a le devoir de faire quelque chose pour
les immortaliser, ne serait-ce que recueillir leurs œuvres dans
une publication.
Votre regard sur l’évolution du journal…
Je mentionne dans certains détails la transformation du journal.
Parce que, à partir du n° 157, avec l’appui de nos
amis de la Tribune de Genève, nous avons entrepris de donner
un nouveau profil au journal, tant dans le contenu et la diversification
actuelle des rubriques le démontre. Avant ce nouveau profil,
jusqu’à un certain stade, une bonne partie de la surface
de N’Djaména Hebdo était consacrée uniquement
à la politique. Avec le re-profilage, le contenu a été
diversifié: le social, l’économique et le culturel
y ont trouvé leur compte. Dans la lancée, nous avons
adopté et fait travailler le logo de N’Djaména
Hebdo devenu aujourd’hui plus esthétique que l’ancien.
Je pourrais également rappeler certains des moments très
intéressants que nous avons vécus. Il y a notamment
cette fameuse élection présidentielle de 1996 dont je
retiens deux éléments. Le premier, c’est lorsque
l’Undr a signé un accord avec le Mps pour soutenir ce
dernier au second tour. J’avais écrit un article assez
corsé dans le numéro 239 du 27 juin 1996 où je
déplorai ce retournement de veste. L’article était
intitulé «Epouser le diable pour sauver le Tchad »
(rire…). Cet article m’avait valu une réplique
assez sèche de la part du président de l’Undr
dans le n° 244 et ça s’est terminé ainsi.
Nous avons l’habitude de la lutte et nous n’avons pas
choisi de verser dans le négativisme de ceux qui, aujourd’hui,
font le plus de bruit pour rien. Koï Pierrot serait-il de ceux-là?
Ce serait dommage. Je me rappelle également la réponse
sous forme de note de la rédaction que nous avons retournée
et je n’ai même plus l’autorité de relancer
la polémique. Je crois que l’histoire récente
m’a donné raison par rapport à cet échange,
à cette joute épistolaire à travers le journal.
Le deuxième élément que je retiens de 1996, c’est
le recrutement et l’encadrement des jeunes diplômés
que nous avons déployés pour la couverture de l’élection
présidentielle. Je reste heureux, parce que parmi ceux-là,
il y en a qui ont embrassé la profession de journaliste, pour
le restant de leur vie. Je ne citerai que Nabia et Michaël Didama.
J’en garde un très bon souvenir et je pense que j’ai
contribué avec les autres à susciter l’intérêt
des jeunes pour le journalisme.
Regard du Dr Pierre Dédjébé
|
Le
journal N’Djaména Bi-Hebdo occupe une place de
choix dans l’espace médiatique tchadien. Créé
il y a une quinzaine d’années, il a contribué
vigoureusement à l’émergence de la libre
expression dans le pays. Malgré de multitudes tentatives
de déstabilisation dont il a été l’objet,
il a maintenu sa ligne éditoriale et continué
à œuvrer pour l’émergence d’une
information crédible et citoyenne.
Certes les modestes moyens dont il dispose et la parcimonie
des spots publicitaires ont de temps en temps perturbé
sa parution. Mais grâce au dynamisme de sa jeune rédaction
le cap a été toujours maintenu. |
Il faudrait
ici rendre hommage à cette équipe qui, dans des conditions
difficiles, a, par son dévouement et son enthousiasme continué
à faire du journal une référence dans les médias
tchadiens.
Pour l’avenir, il faudrait que l’accent soit un peu mis
sur les problèmes de développement et sur les défis
auxquels le pays et les citoyens sont confrontés. Beaucoup
d’initiatives locales de développement sont en cours
et dénotent la prise de conscience par les citoyens de la nécessité
de prendre en main leur destin. Notre souhait est que l’environnement
socio-politique permette aux médias de s’épanouir
et de contribuer à l’information objective et à
la formation des Citoyens.
La
contribution de N’Djaména Bi-Hebdo
dans l’édification du processus démocratique tchadien
|
C’est
une lapalissade que de dire qu’à 17 ans d’existence,
Ndjh est le pionnier de la presse libre tchadienne. Un journal
qui ne peut être comparé avec raison à aucun
autre journal du paysage médiatique tchadien où
il fait aujourd’hui figure de doyen après Tchad
& Culture.
Il a acquis ses lettres de noblesse en s’impliquant à
temps et à contre-temps dans les circonstances événementielles
les plus déterminantes de l’histoire politique
tchadienne. |
Depuis
lors, la vie de Ndjh n’a jamais été un roman d’amour.
Elle a été jalonnée de péripéties
liées à la petite histoire du processus démocratique
de notre pays.
Le journal a pu s’imposer dès son lancement parce qu’il
eu la chance d’avoir à sa tête deux figures de
proue de la presse tchadienne, Saleh Kebzabo et Yaldet Bégoto
Oulatar. Deux hommes courageux et au caractère trempé
qui ne se laissaient pas intimider par le pouvoir pourtant réputé
très dur, impitoyable voire despotique. Même après
le départ de Kebzabo en 1992, le journal a eu d’autres
hommes de caractère comme Guidingar Bérassedé,
Djendoroum Mbaïninga, Roné, Mahamat Adamou, Bendjo, Gata
Nder, Nékim, MLR, Tcha, KPG, Sosthène Ngargoun, Madjirangar
Fakir pour ne citer que ceux-là. A travers eux, Ndjh a entretenu
la flamme de la liberté grâce à un ton très
virulent et des caricatures très osées.
Si je ne puis remonter à ses origines en 1989, comment pourrai-je
oublier la prise de position audacieuse du journal qui d’abord
en 1990, au plus fort des années de braise, a osé jeter
un regard critique sur la tenue des premières élections
législatives sous l’ère Habré. Ce qui a
valu à son Directeur de publication de l’époque
de passer un mauvais quart d’heure au Ministère de la
l’Information et de l’Orientation Civique où il
s’est vu rappeler à l’ordre. Puis, en 1992, avec
l’appel à la tenue de la Conférence Nationale
Souveraine ("Allons à la CNS") où Ndjh a été
le seul média indépendant à l’avoir couvert
de bout en bout à travers reportages, analyses et commentaires.
Il a en outre ouvert largement ses colonnes aux participants à
cette grand-messe pour leurs tribunes et autres contributions aux
débats. Pour couronner ses efforts, le journal s’est
vu décerner à la fin un satisfecit du Présidium
de la CNS. Mieux, NDHJ a été le premier a avoir dénoncé
dès 1991 dans ses colonnes ("Soudanais ils sont!"
Ndjh N°26) les graves exactions commises par la horde de mercenaires
soudanais qui avaient aidé Déby Itno à prendre
le pouvoir et qui se comportaient comme en territoire conquis. Des
violations de droits de l’Homme qualifiées de simples
"bavures" par le pouvoir. Ce qui avait valu à un
certain Hassaballa Soubiane, alors ministre de l’Intérieur
le surnom de "Monsieur Bavure". Bref, les prises de position
de Ndjh sont toujours pointues quand il s’agît de dénoncer
ou de condamner toute action ou exaction du régime Déby
Itno. C’est comme cela que tout au long de son histoire, Ndjh
est apparu, puis s’est imposé comme l’unique contre-pouvoir
avant que n’apparaissent d’autres médias.
Rien d’étonnant alors à ce que Ndjh se soit heurté
à l’hostilité des gouvernants qui l’accusaient
d’être trop critique, de raconter des mensonges, d’en
dire trop et surtout de publier des informations qui desservent l’intérêt
national.
Alors commencent les vrais déboires du journal. Toutefois,
ses rédacteurs ne baissent pas les bras. Les débats
politiques et de société continuent. Les maux qui minent
le Tchad sont relevés, décrits minutieusement, expliqués
et commentés : la forme de l’Etat, la laïcité,
le tribalisme, le népotisme, la prévarication, la paresse,
les abus d’autorité et la prostitution des valeurs. Les
gouvernants ont tout fait pour le faire taire : saisie des exemplaires,
mise à sac des locaux en 1995, procès en cascade suivi
de lourdes peines et fortes condamnations, menace de mort suite à
la publication de la photo du cadavre de Hassan Djamous… Cette
dernière affaire à elle seule en dit long sur la conception
que certains Tchadiens ont du pouvoir. Car, le journal croyait si
bien faire en publiant cette photo notamment pour dénoncer
les crimes odieux de Habré et surtout montrer que Djamous,
du fait de son martyre n’appartient pas seulement à sa
famille mais à la nation toute entière. Ce qui sans
doute n’a pas été du goût de sa famille.
Le rapport de forces a parfois été en faveur du pouvoir.
Ndjh en a souffert car ceci a coûté cher au budget du
journal. Heureusement, grâce au soutien de bonnes volontés
et de ses lecteurs, il pu surmonter les épreuves que lui imposaient
le pouvoir. C’est justement le lieu ici de rendre un hommage
mérité à tous ces hommes et femmes, toutes ces
associations de la société civile, nationales ou internationales
qui ont contribué, chacun à sa manière et à
des degrés divers à ce combat de la liberté.
Il faut également jeter des fleurs aux pionniers qui pour certains
au mépris de leur vie ont jour après jour bravé
de graves dangers dans leur quête de voir éclore sur
la terre de nos aïeux une nation démocratique respectueuse
des droits de l’Homme.
Avec "Le Temps", "l’Observateur", et plus
tard "Notre Temps", Ndjh a été le canal d’expression
des opprimés de tout bord. Son plus grand mérite a sans
doute été d’avoir amené les Tchadiens à
sortir de la peur dans laquelle ils sont restés plus de trente
ans pour désormais dénoncer la moindre exaction dont
ils sont victimes. La mise en lumière de détournements
de fonds constitue également une constante dans les pages de
Ndjh qui s’est institué maître dans l’œuvre
de moralisation de la vie publique. C’est ainsi qu’il
étalera les puants dossiers (projets élevage, éducation,
bonus pétrole...) sur la place publique en utilisant ses méthodes
d’investigation dont l’efficacité n’est plus
à prouver et surtout en faisant parler les victimes.
Les animateurs du journal prenaient des risques énormes qui
les faisaient passer pour des héros. Ils avaient donné
le meilleur d’eux-mêmes à construire la justice
et la paix dans notre pays à travers la présentation
d’une information qui participe d’une critique constructive,
de la promotion du dialogue et de la tolérance. Toute chose
qui n’a pas échappé à l’Union européenne
qui n’a pas hésité à lui tisser une couronne
de lauriers à travers l’attribution d’un prix de
droits de l’Homme (Lorenzo Nathali) en 1993. Une reconnaissance
que lui ont pourtant refusé les autorités de son propre
pays. Comme quoi nul n’est prophète chez lui!
Mais on pouvait aussi reprocher à Ndjh des positions proches
de l’opposition. Ce dont les responsables du journal ne s’en
offusquent pas d’ailleurs. Car, se défendent-ils, "«si
par hasard, nos prises de position coïncident avec celles de
l’opposition sur des questions qui nous paraissent essentielles,
tant mieux!". Le Président Déby traitait d’ailleurs
non sans agacement Ndjh de "journal mille collines". Une
critique qui peut paraître juste tant ce journal ne manquait
aucune occasion pour dénoncer avec acharnement la moindre exaction
commis par les pontes du régime. Ce qui pourrait faire croire
a priori à un règlement de compte. Mais quel individu,
quel journal sérieux peut-il rester indifférent face
à tous ces abus? aucun pensons-nous. La preuve: tous ceux qui
sont dans le pouvoir, une fois évincés sont les premiers
à venir dénoncer au journal (généralement
sous couvert d’anonymat) les méfaits du régime.
Ndjh a certes joué les contre-pouvoirs. Mais a-t-il toujours
été fidèle à ses positions? N’y
a-t-il pas eu des moments de doute? On peut se poser la question en
s’appuyant sur les déclarations de son rédacteur
en chef de l’époque Dieudonné Djonabaye qui se
serait fait "hara-kiri" en déclarant au cours d’une
conférence-débat organisée en 2002 au centre
Al Mouna que la presse privée ne fait pas de l’information!
Même s’il a par la suite accusé "L’Observateur"
qui avait rapporté ses propos d’avoir trahi sa pensée,
entre-temps, le mal est déjà fait.
Ndjh veut-il rester l’instrument d’information
engagé dans la lutte pour une société de liberté
politique, socio-économique et culturelle ?
La question est fondamentale dans un pays où la presse indépendante
est confrontée à un régime politique dont les
moyens sont l’obscurantisme, la répression de la pensée
rationnelle, la corruption matérielle et morale, le bannissement
des valeurs et l’impunité des crimes organisés.
Ceci exige une presse privée engagée, innovante c’est-à-dire
pleine de créativité. Des qualités qui semblent
faire aujourd’hui défaut à NDJH.
Il faut tout de même souhaiter à Ndjh de rallumer le
feu vacillant au fil des années. Pour cela, il se doit de retrouver
ce ton percutant dans un environnement très apaisé pour
reprendre un terme à la mode. Car pour certains lecteurs le
journal n’a plus sa pertinence d’antan. D’autres
confrères préférant s’exprimer sous le
sceau de l’anonymat pour ne pas agacer ceux qui animent le journal
de nos jours déclarent que "ce n’est plus Ndjh dans
lequel nous avons travaillé".
La véritable difficulté de ceux qui animent Ndjh de
nos jours est d’évoluer dans un cadre où la démocratie
piétine et où les lecteurs, ayant gagné en maturité
sont devenus plus exigeants et attendent de la part de la presse plus
que la simple information.
Dionko Maoundé
17
ans après, N’Djaména Hebdo est un journal respectable
|
Le
1er décembre 1990 quand les N’Djaménois
se réveillèrent en apprenant la surprenante nouvelle
de la fuite du "Lion de l’Unir" Hissein Habré,
et aux lendemains de la fameuse déclaration du nouveau
maître du palais Présidentiel Idriss Déby,
N’Djaména Hebdo modeste "revue d’annonces,
de publicité, de sports et de loisirs" se trouva
une nouvelle vocation. Il devint le premier journal indépendant
"d’informations générales" avec
un titre d’anthologie "plus jamais ça!"
Le journal n’eut aucun mal à attirer de nombreux
journalistes désireux de tremper leur plume dans l’encre
de la liberté |
qui
s’offrait enfin à eux après les années
de censure et de "griotisme". Je fus de ceux là et
je garde un souvenir ému de cette période héroïque
où la fièvre de l’écriture nous faisait
oublier le danger, la précarité, où les pensées
étaient libérées de toutes entraves, la plume
volontaire et prolifique.
17 ans après, N’Djaména Bi-Hebdo est un journal
respectable dont la stature s’impose dans le cercle des publications
tchadiennes. Elle a acquis de la maturité, un savoir faire
indéniable et c’est l’un des rares hebdomadaires
qu’on peut considérer comme une entreprise de presse
avec une administration et une gestion proche des normes.
Mais le doyen de la presse dite indépendante a pris de l’âge
assurément et sa ligne éditoriale s’emble quelque
peu empâtée. L’audace a cédé la place
à la prudence et les articles manquent de punch, d’inédit
et d’investigations. Les responsables du journal semblent avoir
tiré des leçons des saccages de son local, des violences
dont été victimes le Directeur de publication et son
rédacteur en chef, sans compter de multiples procès.
N’Djaména Bi Hebdo poursuit son bonhomme de chemin en
comptant sur les quelques milliers de lecteurs qui lui sont acquis.
Il est peut-être temps qu’il opère une petite remise
en cause éditoriale pour stimuler ses ventes qui chutent années
après années. Dieudonné Gata Nder
|
|
En principe, je devais rester une année, juste le temps de préparer
une maîtrise en droit de l’homme afin de parfaire mes connaissances
dans ce domaine. Finalement, j’y suis resté six années
pour passer mon doctorat et rentré en 2000.
Quels sont aujourd’hui les souvenirs que vous gardez
de NDJH ?
Je retiens cette ambiance très fraternelle et conviviale qui
prévalait à la rédaction. Car les deux responsables
de l’époque, le directeur de publication, Saleh Kebzabo
et le rédacteur en chef, Y. Bégoto Oulatar étaient
des patrons très ouverts avec un esprit libéral, quoique
tatillons sur les bords. Comme souvenirs, il faudrait dire que nous
passions des nuits blanches à boucler le journal. Le lendemain,
les conférences de rédaction étaient houleuses,
on pensait même en venir aux mains, mais après, tout rentrait
dans l’ordre et on allait déguster une petite bière
comme pour oublier la brouille. Notre joie à nous était
de donner le meilleur de nous-mêmes à construire la justice,
la paix dans notre pays à travers la présentation d’une
information qui participe d’une critique constructive et de la
promotion du dialogue et de la tolérance. Bref, nous avions une
grande idée de notre métier, puisque nous pensions sincèrement
être investis d’une mission. Celle de l’éclosion
de la démocratie et du développement.
Je dois aussi relever que nous avions été cinq à
arriver au journal et nous avions été bien entourés,
puisque nous avions eu la chance de travailler avec la crème
de la presse tchadienne de l’époque. Bien que nos aînés
nous considéraient comme leurs amis avec lesquels le débat
d’idées était franc, loyal, fécond et positif,
je me sentais parfaitement à l’aise à la rédaction.
A l’époque, NDJH était le seul journal où
tout le monde voulait y écrire au point où il ne nous
était pas facile à nous les stagiaires d’y placer
un article. Et quand nous parvenions à le faire, c’était
une prouesse. Tellement la qualité et le professionnalisme prévalaient
au sein du journal.
De retour de Lyon vous avez repris votre plume…
Oui, mais je signais sous un pseudonyme, parce que j’avais d’autres
obligations.
Vous êtes aujourd’hui au Haut conseil de la communication.
NDJH vous a-t-il été un tremplin ?
Bien sûr. Je pense que beaucoup de confrères d’autres
organes ont contribué à mon élection en se disant
qu’ils pouvaient parfaitement faire confiance à quelqu’un
venu de N’Djaména Hebdo.
Témoignage du premier vendeur à
la criée
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Sur
le visage de Salhoulba Paul se lit la fierté d’avoir
été le tout premier vendeur à la criée
de Ndjh. Son regret est de l’avoir quitté plus tôt.
J’étais le premier vendeur de Ndjh en 1990, s’enorgueillit
Sahoulba. A l’époque, se rappelle-t-il, "il
n’y avait pas d’autres journaux", en omettant
l’existence de Tchad et Culture. A lui seul, il prenait
1000 exemplaires du journal à chaque parution. "J’ai
choisi mon site de vente au rond point du Palais de justice. Mais
avant d’y arriver à pied, je vendais déjà
pratiquement la moitié de ma dotation".
Il se dit fier d’exercer ce métier qui, en son temps,
permettait de nourrir sa petite famille et d’inscrire ses
enfants à l’école. "Mon plus grand plaisir
est d’avoir acheté avec mes ristournes une chèvre
qui continue à se reproduire jusqu’aujourd’hui.
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Cela me dépanne en cas de besoin", relate-t-il. Le journal
se vendait bien et Sahoulba y tirait sa motivation. Sur chaque numéro
vendu, il empochait du coup 15 FCFA en plus des 10 F qui lui sont épargnés
à la caisse du journal. "je regrette aujourd’hui d’avoir
quitté Ndjh pour un autre travail au bar où je n’y
ai pas mis longtemps. Maintenant, je vends le quotidien Le Progrès".
Sahoulba apprécie particulièrement le courage des journalistes
de Ndjh et ses responsables qui, selon lui, travaillent avec beaucoup
de rigueur. Il encourage le journal à persévérer
dans sa lutte pour la défense des droits et libertés des
citoyens tchadiens. Longue vie à Ndjh, conclut son ancien vendeur
à la criée.
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